3 نوفمبر 2026
Breaking

Petite martyre de l’A10 : « Je vais essayer de venir et assumer »… La mémoire fuyante des parents d’Inass Touloub

Petite martyre de l’A10 : « Je vais essayer de venir et assumer »… La mémoire fuyante des parents d’Inass Touloub

A la cour d’assises de Blois,

« C’est pas vrai », assure la première. « Moi, j’ai rien fait », jure le second, appuyé à la barre de la cour d’assises de Blois. Ce lundi, au premier jour du procès des parents d’Inass Touloub, cette fillette retrouvée morte en 1987 sur le bord de l’A10, quelques minutes ont suffi pour donner le ton de la défense. « Reconnaissez-vous avoir commis sur votre fille des actes de torture et de barbarie ? », interroge la présidente de la cour, Audrey Debeugny. « Non, c’était ma fille », répond d’une voix chevrotante Halima El Bakhti.

Quelques instants auparavant, pourtant, cette femme de 72 ans, emmitouflée dans un long manteau beige, le visage encadré par un voile blanc, affirmait l’inverse. « Je reconnais [les faits] mais on dit n’importe quoi », déclare-t-elle avant d’accuser son ex-mari, Ahmed Touloub – jugé pour complicité – d’avoir « beaucoup menti ». « Je suis battu, comment je pourrais être complice ? », rétorque cet homme de 74 ans, crâne dégarni et épaisse barbe blanche. Un parole contre parole difficile à démêler. Depuis sa garde à vue, en juin 2018, Ahmed Touloub n’a eu de cesse d’accuser sa femme des violences, reconnaissant seulement en avoir été témoin sans jamais intervenir. Elle a uniquement admis des gifles sur Inass mais nie avoir porté les coups mortels.

Une autopsie vertigineuse

Assis côte à côte tout au long de la journée, pas une fois ils n’ont échangé un regard. Elle, a les yeux dans le vague. Lui, fixe ses pieds, le dos voûté, appuyé sur sa canne. Pas une expression n’affleure lorsque la magistrate résume l’affaire. De la découverte du corps sur le bas-côté de l’autoroute A10 un après-midi d’août 1987 à son identification, en 2017, après la condamnation de son frère pour une banale bagarre entre voisins. C’est son ADN qui a permis de remonter jusqu’aux accusés.

Les jurés cessent de prendre des notes, visiblement sonnés, lorsque la présidente résume l’autopsie. Des fractures plus ou moins anciennes, jamais soignées, des hématomes, des brûlures au fer à repasser et des morsures. Beaucoup de morsures. L’un des tétons de la fillette a presque été arraché avec les dents et son visage était si défiguré – 27 traces de morsures ont été recensées – que la photo de l’avis de recherche a dû être retouchée pour pouvoir être affiché aux yeux de tous. Un inventaire vertigineux qui donne une idée du calvaire qu’a été la vie de cette fillette de 4 ans. Signe de la sensibilité du dossier, des militants de l’association Mouv’Enfants s’en sont pris aux accusés devant le palais de justice, les traitant d’assassins, se montrant menaçant. Halima El Bakhti a dû être évacuée par les policiers et une enquête a été ouverte.

« C’est très compliqué pour moi »

« Etes-vous en mesure de vous expliquer ? », interroge la présidente de la cour d’assises. « Je vais essayer de venir et assumer », répond Halima El Bakhti d’un ton laconique. A l’issue de cette journée, reste une question et non des moindres : que peut-on espérer d’un procès qui se tient 39 ans après les faits ? En quelques phrases, la septuagénaire s’est contredite à plusieurs reprises, a affirmé ne plus se souvenir de son adresse ou d’un rendez-vous avec un médecin. A-t-elle conscience de la gravité des faits, elle qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité ?

Ahmed Touloub, lui, tient difficilement debout et jure être également sujet aux trous de mémoire. « Des fois, je ne sais même plus ce que j’ai mangé la veille », insiste-t-il. Qu’en sera-t-il lorsque la cour abordera le fond de ce dossier ? « Est-ce que vous pensez que vous pouvez vous défendre ?», l’interroge la présidente. « C’est très compliqué pour moi », réplique l’accusé.

Faut-il y voir une stratégie de défense ? Peut-être, mais des experts ont diagnostiqué « trouble cognitif léger » chez Halima El Bakhti et une « démence modérée » chez Ahmed Touloub. « Vous avez désigné un expert qui vous dit qu’il ne sait pas distinguer la petite de la grande aiguille [d’une horloge] », illustre son avocat Me Franck Berton. Un complément d’expertise a été ordonné. Le verdict est attendu le vendredi 13 novembre.

Source: 20 Minutes

What do you think of this news?

Comments (0)

Be the first to comment on this article.