2 نوفمبر 2026
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Attentat de Trappes : la haine divise, la République unit, par Manuel Valls

Attentat de Trappes : la haine divise, la République unit, par Manuel Valls

Il s’appelait Pengo Bossio Wangi. Il avait 26 ans. Le 23 octobre, à Trappes, il a été abattu par un homme qui tirait en rafales sur des passants choisis. Sept autres personnes ont été blessées, dont une jeune fille de 12 ans. Le tireur, proche de l’ultradroite la plus violente, dit avoir visé des personnes africaines, nord-africaines ou de confession musulmane. Un exemplaire de "Mein Kampf" a été découvert à son domicile, qu’il avait piégé. C’est un acte ignoble, un attentat terroriste xénophobe, raciste, qui doit tous nous révolter.

Trappes, le reflet des crises sociales

Mes pensées vont aux victimes et aux habitants de Trappes et de La Verrière, qui ont aujourd’hui peur, comme de nombreux Français, de sortir de chez eux. Toute la nation doit être solidaire et se recueillir. Maire d’Évry pendant onze ans, je sais ce que vit une ville de banlieue qu’on caricature et qu’on stigmatise. Mais la douleur n’autorise pas la confusion. Le président de la République a eu des mots malheureux en affirmant que, pour la première fois, des Français étaient visés pour leur couleur de peau ou leur religion, avant de devoir rectifier. Ilan Halimi, les enfants de l’école Ozar Hatorah, les clients de l’Hyper Cacher, le père Hamel, Aboubakar Cissé, poignardé dans une mosquée du Gard, Hichem Miraoui, abattu dans le Var, premier meurtre raciste potentiellement lié à l’extrême droite dont s’est saisi le parquet antiterroriste ; la liste de ceux qu’on a tués pour ce qu’ils étaient est longue. Entrer dans une guerre victimaire, c’est faire le jeu de ceux qui veulent fracturer la nation.

Trappes est aussi le reflet des crises sociales et des bouleversements de la France contemporaine. Cette ville a vu partir des dizaines de jeunes vers le djihad syrien et l’islamisme y a gagné du terrain. Mais y vivent aussi des milliers de Français qui travaillent, élèvent leurs enfants et aiment notre pays, leur pays. Trappes n’est ni "Kaboul" ni une "République islamique en miniature", comme l’ont dit les dirigeants du RN.

Cet attentat ne doit interdire de parler ni de l’islamisme et de l’influence grandissante des Frères musulmans, ni de la complaisance de certains élus avec eux, ni de maîtrise de l’immigration, ni d’insécurité, ni de ce que j’ai appelé l’apartheid territorial, social et ethnique qui frappe les quartiers populaires. Il doit cependant interdire les amalgames odieux et d’enfermer toute une population dans un adjectif. On ne réduit pas Trappes à ses islamistes, pas plus qu’on ne réduit nos compatriotes musulmans à une menace.

Un crime raciste

Je refuse néanmoins d’utiliser le terme d’"islamophobie". Il entretient une confusion délibérée entre la critique d’une religion, qui est une liberté, et la haine des personnes, qui est un délit. Un terme qui a cloué au pilori Salman Rushdie et décimé la rédaction de Charlie Hebdo. Il faut utiliser les mots justes pour rassembler. Ce qui s’est passé à Trappes est un crime raciste, nourri par la haine des musulmans, des Noirs et des Arabes. Je n’accepterai pas non plus de leçons d’un parti complaisant avec la violence de l’ultragauche, LFI, qui a relativisé l’antisémitisme, refusé de qualifier le Hamas de terroriste au lendemain du 7 octobre 2023 et fait de la haine des Juifs un instrument électoral. On ne combat pas un racisme en en tolérant un autre.

Il n’y a en France qu’une seule communauté, la communauté nationale. La laïcité n’est pas une arme contre une religion ; elle garantit à chacun de croire ou de ne pas croire, et de vivre en paix avec son voisin. C’est la loi de 1905, c’est l’école publique, c’est l’égalité entre les femmes et les hommes. La République ne connaît ni Noirs, ni Arabes, ni Juifs, ni musulmans, ni chrétiens. Elle ne connaît que des citoyens. Les différentes couleurs de peau sont une richesse, et elles se fondent toutes dans celles du drapeau tricolore.

Tout est décomplexé aujourd’hui dans notre société, notamment la haine sur les réseaux sociaux, dans les médias ou l’espace politique. Ces discours arment idéologiquement ceux qui veulent passer à l’acte. Les républicains, de gauche comme de droite, doivent s’unir pour combattre le racisme, la haine des Juifs, les théories du "grand remplacement" et de la "remigration", mais aussi ce climat de violence et de passions rances qui abîme le pays.

Pengo Bossio Wangi est mort parce qu’un homme a décidé qu’il n’était pas d’ici. Il était d’ici, et des nôtres. Comme tous les habitants de Trappes et de La Verrière. Et la France ne laissera personne trier ses enfants.

Source: L’Express

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