La réédition du mois : "Sire", le chef-d’œuvre oublié de Jean Raspail
Quand on demandait à Jean Raspail quelle était sa conception de l’art du roman, il répondait : "C’est inventer des contes de fées pour grandes personnes." Un conte de fées, Le Camp des saints ? Ceux qui ne connaissent de l’œuvre de Raspail que cette dystopie horrifique parue en 1973 ont une vision biaisée de l’esthétique de l’écrivain. Ceux qui ont lu Sire, en revanche, voient très bien où il voulait en venir en disant cela.
Paru pour la première fois en 1991 aux éditions de Fallois, Sire est le chef-d’œuvre oublié de Raspail. L’action a lieu en 1999, dix ans après le bicentenaire de la Révolution. Un certain Pharamond de Bourbon, 18 ans, descendant des rois de France, a décidé de se faire sacrer à Reims, comme tout Capétien qui se respecte. Il est entouré de quelques fervents soutiens. A Paris, les services de renseignement sont sur les dents : voilà une menace qu’ils n’avaient pas vu venir. Un nouveau mouvement royaliste se lèverait-il en France ? Faut-il tuer dans l’œuf cette révolte avant un putsch de Pharamond II ? Sire n’est pas un roman politique, mais un roman policier. Bien que de conviction monarchiste, Raspail n’encombre pas son livre de thèses idéologiques lourdes. Pharamond II est un "roi de vitrail" (expression chère à Raspail). On songe tour à tour à Serge Dalens et à Barbey d’Aurevilly. C’est une rêverie qui s’adresse aux nostalgiques d’une ancienne France chevaleresque. Un conte de fées, assurément – mais qui donnerait des cauchemars à Jean-Luc Mélenchon.
Sire, par Jean Raspail. Albin Michel, 315 p., 22,90 €.
Source: L’Express


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