Manifestation du 31 octobre : Comment la police traque-t-elle les lanceurs du cocktail Molotov qui a brûlé un gendarme ?
La scène, d’une violence fulgurante, a été filmée sous tous les angles. Samedi, lors des manifestations à Paris, qui ont réuni 70.000 personnes selon les autorités, une bombe artisanale a explosé aux pieds d’un capitaine de gendarmerie mobile, déployé porte de Charenton. Sur les vidéos qui tournent en boucle sur les réseaux sociaux, on aperçoit la jambe de l’officier s’enflammer instantanément après le jet du cocktail Molotov. Deux de ses collègues se précipitent alors vers lui pour tenter d’étouffer les flammes, aidés par un homme, vêtu d’un tee-shirt blanc et d’un chapeau de paille.
« On a peut-être frôlé un peu la catastrophe », a réagi le capitaine touché au micro de BFMTV. Face à la pluie de projectiles lancés par un groupe déterminé, il avoue ne pas avoir vu l’engin arriver. « Personne n’est capable d’identifier vraiment d’où vient précisément chaque projectile. » Le militaire se souvient simplement de la douleur. « La sensation de brûlure est immédiate, intense, raconte-t-il. On a le temps de sentir que l’équipement commence à être atteint et que la chair commence à piquer, si ce n’est brûler. »
Par chance, le militaire n’a été que légèrement blessé. Il s’est vu octroyer dix jours d’interruption totale de travail (ITT) et est retourné travailler à Dreux (Eure-et-Loir) après son hospitalisation. Dès samedi, le ministre de l’Intérieur a dénoncé une « tentative de meurtre ». « On va tout mettre en œuvre pour retrouver les auteurs », a promis Laurent Nuñez. Dimanche, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « tentative d’homicide sur personnes dépositaires de l’autorité publique », confiée à la Sûreté territoriale de Paris.
Le « travail de fourmi » de la vidéosurveillance
Mais comment retrouver un suspect le visage dissimulé et fondu dans une foule hostile ? L’enquête repose d’abord sur l’exploitation des images captées par des témoins. Le parquet de Paris confirme que les « vidéos et photos circulant sur les réseaux sociaux sont en cours d’analyse ». Ce premier tri a déjà porté ses fruits. « À ce stade, trois mis en cause vêtus de noir, type black bloc, ont été isolés comme potentiels auteurs. »
Aucun suspect n’a pour l’heure été interpellé, mais la traque ne fait que commencer. « Les caméras de vidéoprotection vont nous aider, assure Rudy Manna, délégué national du syndicat Unsa police. On peut remonter le chemin fait par le suspect. C’est un travail de fourmi. » L’enjeu pour la Sûreté territoriale est de pister ces trois individus avant, pendant et après l’attaque, en espérant capter le moment où ils se changent, retirent leurs masques dans une rue adjacente, montent dans une voiture, prennent le train ou rentrent chez eux.
ADN et renseignement humain
Au-delà de l’exploitation de ces vidéos, les enquêteurs s’appuient sur le travail de la police technique et scientifique. L’objectif ? Isoler de l'« ADN sur le cocktail, sur les morceaux qu’ils ont ramassés », détaille Rudy Manna. Une trace génétique sur un bout de verre ou sur la mèche pourrait s’avérer décisive si elle correspond à une empreinte déjà enregistrée dans un fichier de police.
Les enquêteurs comptent aussi sur le renseignement humain. Ils savent que les langues finissent souvent par se délier. « Souvent dans ce genre d’affaire, il y en a que ça embête qu’un flic soit attaqué. Ça ne plaît pas à tout le monde ce genre de geste, décrypte le représentant syndical. Il peut y avoir des témoignages. Car si on arrête des suspects, certains vont peut-être se mettre à table. Ils ne veulent pas aller en prison pour un truc qu’ils n’ont pas fait, surtout pour une tentative d’homicide. » À cela s’ajoute l’expertise des services de renseignements, « qui travaillent et qui ont une vraie connaissance du phénomène » de l’ultragauche et des black blocs.
Pour les policiers, un cap a été franchi avec cette attaque. « Ce n’est plus possible, on en arrive à des degrés de violence inouïe. Ils sont passés à l’acte pour tuer, alerte Rudy Manna. Il faut qu’ils soient sévèrement punis. Il faut passer un message fort. Car ça va finir avec un mort. On n’est pas passé loin. C’est un miracle qu’il n’ait presque rien. »
Source: 20 Minutes


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