Crise du logement en France : vives critiques contre la prolongation de l'encadrement des loyers et chute drastique de l'offre
Alors que trouver un logement relève du parcours du combattant en France, la prolongation de l'encadrement des loyers suscite de vives critiques, accusée de raréfier drastiquement l'offre locative tout en n'apportant qu'une baisse marginale des prix.
- Chute de 47 % des annonces de location à Paris entre 2022 et 2025, dans un contexte d'extrême difficulté pour les locataires.
- Une étude de « GénérationLibre » indique que l'encadrement n'a réduit les loyers que de 2 à 4 % et a entraîné 181 millions d'euros de pertes fiscales.
- Critiques envers la majorité sénatoriale de droite et le gouvernement pour leur soutien à la prolongation du dispositif, accusé d'assécher l'offre locative.
La question du logement demeure au cœur des préoccupations des résidents en France, comme le confirme un récent sondage Ipsos BVA. Trouver un appartement à louer est devenu un dilemme quotidien et un véritable parcours du combattant pour des millions de jeunes et de personnes en quête d'un toit dans les zones tendues. Les files d'attente interminables aux pieds des immeubles, dossiers volumineux sous le bras dans l'espoir de convaincre les propriétaires, se multiplient, alors même que le marché souffre d'une contraction continue de l'offre locative.
Prolongation de l'expérimentation de l'encadrement des loyers
Dans ce climat de crise, la majorité de droite au Sénat a récemment voté en faveur de la prolongation du dispositif d'« encadrement des loyers », une expérimentation initiée avec la loi ELAN de 2018, que le gouvernement s'est empressé d'inscrire à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale, malgré ses réserves et ses évaluations critiques antérieures sur l'impact de ce système.
Dans une récente note d'analyse, Kevin Brookes, directeur du think tank « GénérationLibre » et maître de conférences à Sciences Po, et Bertrand Moyon, entrepreneur et chercheur associé au sein du même institut, estiment que cette politique publique pétrie de bonnes intentions n'a pas atteint les résultats escomptés, contribuant au contraire à attiser la crise du logement plutôt qu'à l'apaiser.
Baisse marginale des prix et pertes fiscales
Selon la note, la baisse espérée des loyers est demeurée très marginale. Les économistes Gabriel Fack et Guillaume Chapelle ont relevé, dans une publication pour l'Institut des politiques publiques (IPP), un recul des loyers généralement compris entre seulement 2 % et 4 % par rapport à une situation sans encadrement, sans compter qu'un tiers des annonces observées dépasse les plafonds légaux faute de mécanismes de contrôle stricts. De plus, l'économie réalisée n'est pas corrélée aux revenus des ménages : un locataire aisé peut ainsi bénéficier d'un gain financier substantiel, tandis que les ménages modestes, incapables d'accéder au moindre logement, se retrouvent privés de tout soutien. À cela s'ajoute une perte fiscale directe pour l'État estimée à environ 181 millions d'euros.
Pénurie aiguë de logements sur le marché
En contrepartie, plusieurs rapports — dont des observations de la Cour des comptes — confirment que l'effet secondaire majeur réside dans la contraction brutale de l'offre : à Paris, les annonces de location ont chuté de 47 % entre 2022 et 2025, un scénario analogue s'étant produit à Lyon, qui applique la mesure depuis 2021. Les experts soulignent que les propriétaires perdent toute incitation à louer lorsque les rendements tombent en deçà des coûts, un constat corroboré par plusieurs expériences internationales. Une étude publiée dans l'« American Economic Review » a ainsi montré que le plafonnement des loyers avait provoqué une baisse de 15 % de l'offre à San Francisco, un phénomène également observé à Berlin et Stockholm, tandis que la dérégulation du marché à Buenos Aires s'est traduite par un bond spectaculaire de l'offre.
Cette crise est exacerbée par d'autres facteurs pesant lourdement sur le secteur du logement en France, notamment la hausse de la fiscalité, les restrictions sévères imposées à la location des passoires thermiques, la baisse de la construction et la hausse des taux d'intérêt. Dès lors, les interventions administratives de contrôle des prix s'avèrent être un facteur d'aggravation de la crise sociale, au lieu de politiques incitatives stimulant la construction pour injecter davantage de logements sur le marché et répondre aux besoins réels des résidents.
Source: L’Express


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