7 novembre 2026
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Révolution dans le traitement de la fertilité en France et en Europe : des recherches pour régénérer les ovocytes et retarder le vieillissement

Deux entreprises européennes développent des molécules innovantes promettant de réduire les anomalies chromosomiques des ovocytes et d'améliorer les chances de succès de la PMA.

Révolution dans le traitement de la fertilité en France et en Europe : des recherches pour régénérer les ovocytes et retarder le vieillissement
⚡ En bref
  • Deux entreprises européennes développent des molécules innovantes pour réduire de moitié les anomalies chromosomiques des ovocytes.
  • Les résultats préliminaires laissent espérer une hausse des taux de réussite de la FIV, dans un contexte de recul marqué de l'âge de la maternité en France.
  • Des médecins et experts français appellent à la prudence dans l'attente d'essais cliniques et de naissances réelles confirmant l'innocuité de ces techniques.

Alors que les hommes produisent des spermatozoïdes en continu, les femmes sont engagées dans une inévitable course contre la montre, naissant avec un stock défini de cellules reproductrices qui décroît progressivement et de manière irréversible. Au cinquième mois de grossesse, le fœtus femelle possède plus de 6 millions d'ovocytes, un chiffre qui tombe à un million à la naissance, puis à environ 300 000 aux premières règles, avant que le rythme de perte d'ovocytes et le déclin de leur qualité ne s'accélèrent avec l'âge, réduisant les chances de conception naturelle.

Cette problématique biologique revêt une importance accrue pour les familles et résidents en France, où l'âge de la maternité ne cesse de reculer pour des motifs sociaux et professionnels, poussant nombre d'entre eux vers les parcours d'assistance médicale à la procréation (PMA). Dans le cadre des efforts scientifiques pour freiner cette détérioration, deux entreprises européennes se sont livrées à une concurrence lors du congrès de la Société américaine de médecine de la reproduction (ASRM), avançant des promesses inédites visant à « régénérer » les ovocytes et à neutraliser les mécanismes d'altération chromosomique.

Une course de laboratoire pour réparer les anomalies chromosomiques

Ce progrès puise ses racines dans des recherches menées par l'équipe de l'Institut Max-Planck de Göttingen, dirigée par la biochimiste allemande Melina Schuh. Les études ont démontré qu'une grande part des ovocytes perd sa cohésion génétique ; au lieu de porter précisément 23 chromosomes destinés à s'unir à leurs homologues masculins, des anomalies numériques apparaissent, rendant l'embryon non viable. Une étude publiée en 2014 dans la revue Fertility and Sterility avait d'ailleurs révélé que plus de la moitié des femmes âgées de 44 ans ne disposaient d'aucun embryon chromosomiquement sain, contre plus de 94 % chez les femmes de moins de 37 ans, ce qui explique également l'échec de plus de 25 % des fécondations in vitro (FIV) dès leurs premiers jours.

Les chercheurs ont découvert que la colle retenant les chromosomes, appelée « cohésine » (Cohésine), s'érode avec le temps en raison du déficit d'une protéine protectrice dénommée « Shugoshine 1 » (Shugoshin 1). Fort de ces données, Melina Schuh a fondé en janvier 2025 la société « Ovo Labs », qui a développé un produit baptisé « EmbryoProtect 1 » destiné à être injecté directement dans l'ovocyte, évitant ainsi à la femme de lourds traitements médicamenteux systémiques. Ce composé est parvenu à réduire de moitié les anomalies chromosomiques chez les souris ainsi que lors d'essais préliminaires sur une centaine d'ovocytes humains donnés par des volontaires.

Technologies concurrentes et espoirs mesurés

En parallèle, la start-up « U-Ploïd », issue de l'université d'Oxford, a annoncé une approche complémentaire ; au lieu de soutenir les protéines de cohésion, sa molécule nommée « Lyvanta » agit en inhibant les enzymes responsables de la dislocation des liaisons chromosomiques. L'entreprise a affirmé lors du congrès de l'ASRM que le taux d'ovocytes exempts d'anomalies chromosomiques atteignait 66 % après traitement, contre 36 % sans traitement, ce qui correspond à une hausse d'environ 84 % d'ovocytes sains. La société mène actuellement des discussions avec les autorités sanitaires européennes et britanniques afin de lancer des essais cliniques, précisant qu'aucune mise sur le marché n'interviendra avant plusieurs années.

Prudence au sein du corps médical français

Malgré les espoirs suscités par ces résultats relayés par la presse internationale, les milieux médicaux français appellent à la retenue et mettent en garde contre un optimisme excessif. Le Dr Samir Hamamah, gynécologue à l'hôpital Ambroise-Paré-Hartmann et coprésident du comité de pilotage national du « plan fertilité » dont les recommandations doivent être remises à la ministre de la Santé Stéphanie Rist, souligne que « la route est encore longue ». Il rappelle que les anomalies chromosomiques sont parfois liées à des facteurs masculins dans 5 à 8 % des cas, signalant que de nombreuses annonces dans le domaine de la PMA ne se sont pas concrétisées par des réussites cliniques.

De son côté, le généticien et spécialiste de la fertilité Jean-Pierre Siffroi a prévenu que l'évaluation complète de l'efficacité et de l'innocuité de ces technologies nécessitera de vastes études et un suivi rigoureux des enfants nés après ces traitements, afin de s'assurer de l'absence totale d'effets secondaires à long terme sur leur santé.

Source: L’Express

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