Une exposition au Domaine de Marly réhabilite Madame du Barry en tant que mécène des arts et de la mode
Le Domaine royal de Marly consacre une exposition inédite à Jeanne du Barry, sous le commissariat de Karen Chastagnol, offrant un nouveau regard qui dépasse les stéréotypes d'intrigues et de faste pour mettre en lumière son rôle majeur dans les arts et la mode.
- Une exposition exceptionnelle au Domaine royal de Marly rassemble près de 150 œuvres et objets retraçant l'ascension de Madame du Barry.
- Un accent mis sur son rôle précurseur dans le mécénat artistique et le renouvellement des canons de la mode et de la beauté au XVIIIe siècle en France.
- Une relecture historique d'une femme d'origine modeste ayant su imposer son empreinte culturelle avant d'être guillotinée sous la Révolution française en 1793.
Le Domaine royal de Marly, situé en Île-de-France, ouvre ses portes aux visiteurs pour découvrir une exposition inédite consacrée à une relecture de l'histoire de Jeanne du Barry. Sous le commissariat de Karen Chastagnol, l'événement propose un nouveau regard dépassant le stéréotype qui l'a cantonnée durant des siècles aux intrigues et au faste de la fin de la monarchie française.
Une ascension sociale inspirante, des bas-fonds de la société à la cour royale
Née Jeanne Bécu en 1743 (ou 1745 selon les recherches les plus récentes), elle était la fille illégitime d'une femme successivement blanchisseuse puis cuisinière auprès de familles aisées. La biographie rédigée par l'historien Emmanuel de Waresquiel révèle que son père était très probablement le financier Claude Billard de Monceau. À l'âge de dix-sept ans, elle donne naissance à une fille prénommée « Betsy », issue d'une liaison avec un magistrat, et se trouve contrainte de l'élever à l'abri des regards en la présentant comme sa nièce afin de préserver sa trajectoire sociale.
Grâce à un mariage arrangé avec Guillaume du Barry pour acquérir le titre et la noblesse nécessaires à sa présentation à la cour, Jeanne parvient à entrer au château de Versailles pour devenir la favorite officielle du roi Louis XV, accomplissant ainsi une ascension fulgurante et singulière pour une femme issue d'un milieu modeste.
Pionnière de la mode et mécène des plus grands artistes
La comtesse du Barry ne s'est pas contentée de son statut royal ; elle a tenu à transformer son apparence en un véritable manifeste politique et culturel d'avant-garde. Refusant de poudrer ses cheveux et n'adoptant qu'un maquillage très léger, elle a instauré de nouvelles normes d'élégance et de beauté naturelle qui ont captivé les plus grands artistes de son époque. Elle s'est ainsi entourée de figures majeures de la peinture et de la sculpture telles que Jean-Honoré Fragonard, Jean-Baptiste Greuze, François-Hubert Drouais, Élisabeth Vigée Le Brun, ainsi que le sculpteur Augustin Pajou.
L'exposition présentée à Marly réunit près de 150 œuvres et objets d'art, allant des portraits peints aux sculptures de marbre, en passant par des dessins, du mobilier et des pièces en porcelaine de la célèbre manufacture de Sèvres. On y trouve également des documents d'archives ainsi qu'une robe créée par la maison Chanel, portée par la réalisatrice et actrice française Maïwenn dans son film sorti en 2023.
Une empreinte architecturale pérenne et une fin tragique
La vision artistique de Madame du Barry s'est particulièrement illustrée à Louveciennes, où elle a financé sur ses propres deniers la construction du célèbre pavillon de musique conçu par l'architecte Claude-Nicolas Ledoux. Inauguré en 1771, ce bâtiment demeure l'un des fleurons du néoclassicisme en France.
Malgré ses contributions culturelles majeures, les récits sombres ont continué de la poursuivre après la Révolution française, qui l'a menée à l'échafaud en décembre 1793 à la suite de la célèbre affaire du vol de ses bijoux en 1791. Cette exposition constitue ainsi une occasion privilégiée pour le public en France de redécouvrir l'intelligence artistique et sociale d'une femme en avance sur son temps, qui a su briser les rigides barrières de classe.
Source: L’Express





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