Procès de la « martyre de l'A10 » : la mère de la petite Inass invoque des pertes de mémoire devant la cour d'assises de Blois
Jugée à Blois pour actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort de sa fille Inass en 1987, Halima El Bakhti, 72 ans, a affirmé ne plus se souvenir des morsures et sévices infligés à l'enfant.
- Comparution de Halima El Bakhti (72 ans) devant la cour d'assises pour actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort de sa fille Inass, âgée de 4 ans.
- L'accusée reconnaît des gifles mais nie tout souvenir des morsures profondes et des multiples fractures, justifiant la tragédie par son isolement et ses difficultés d'intégration après son arrivée du Maroc.
- Les expertises médico-légales et les déclarations des sœurs aînées réfutent les tentatives de la mère d'imputer à son ex-mari la responsabilité pénale des blessures mortelles.
Une atmosphère lourde et pesante régnait dans la salle de la cour d'assises de Blois, vendredi, avec le début de l'interrogatoire détaillé d'Halima El Bakhti, âgée de 72 ans, jugée pour actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner de sa fille Inass. Il s'agit de la célèbre affaire connue en France sous le nom de la « martyre de l'autoroute A10 », dont le mystère est resté entier depuis la découverte du corps supplicié de la fillette sur le bas-côté de la chaussée, le 11 août 1987.
Une mémoire sélective face à l'atrocité des blessures
Vêtue d'un manteau beige et d'un foulard blanc, l'accusée s'est tenue à la barre pour admettre des violences commises contre sa fille de quatre ans, avant de se réfugier rapidement derrière l'amnésie dès que la présidente de la cour la confrontait aux détails des effroyables lésions. Interrogée sur la manière dont un mamelon de l'enfant avait été arraché, elle a répondu : « C'est affreux... il n'y avait que moi, ça n'allait pas entre moi et ma fille. »
Bien qu'elle ait admis avoir donné des gifles, elle a nié se souvenir des profondes morsures qui couvraient le corps de la fillette et l'avaient défigurée, répétant : « Je me rappelle les gifles, mais les morsures non. » Les constatations médicales ne s'arrêtaient pas là : la magistrate l'a également confrontée à d'anciennes fractures jamais soignées à l'avant-bras, au tibia, aux coudes et aux poignets, ce à quoi l'accusée n'a répondu que par des phrases laconiques sans fournir d'explications claires.
Origines de la tragédie et isolement en France
Les racines de cette affaire remontent au Maroc, où Inass est née le 3 juillet 1983. L'accusée a expliqué avoir été contrainte, dix jours seulement après l'accouchement, de confier le nourrisson à sa grand-mère à Casablanca pour repartir en France à la demande de son époux Ahmed Touloub — jugé quant à lui pour complicité — afin de l'aider à tenir l'épicerie familiale à Puteaux, en banlieue parisienne.
Lorsqu'elle est revenue un an plus tard chercher sa fille pour la faire venir en France, l'enfant ne la reconnaissait plus et a manifesté d'immenses difficultés d'adaptation, pleurant constamment, refusant les soins et restant prostrée. Lors de l'audience, l'accusée a tenté d'imputer le drame à ses propres souffrances, à son isolement en France et à sa frustration d'avoir dû renoncer à sa profession d'enseignante au Maroc, en plus des tensions permanentes avec son mari. Elle a justifié le fait de n'avoir demandé aucune aide aux assistantes sociales ou à l'école de ses enfants par son ignorance des démarches, un argument réfuté par la présidente qui lui a rappelé son niveau d'instruction en tant qu'ancienne institutrice.
Tentative de faire porter le blâme sur le mari
L'accusée s'est efforcée de rejeter sur son ex-mari la responsabilité de l'abandon du corps de l'enfant le long de l'autoroute A10 alors que la famille prenait la route du Maroc, affirmant avoir découvert avec effroi le décès de la petite dans la voiture et que le père aurait décidé de la déposer là avec un sang-froid total. Néanmoins, les expertises médico-légales ont formellement établi que les traces de morsures relevées sur le corps d'Inass ne correspondaient pas à la dentition du père, tandis que les deux sœurs aînées ont affirmé durant l'instruction que leur père était absent du domicile au moment des faits tragiques.
Invitée à dire si elle gardait le moindre souvenir heureux avec sa défunte fille, l'accusée a rétorqué : « Oui, au Maroc à la naissance », une période qui n'a duré en tout et pour tout qu'une dizaine de jours, avant de conclure par un aveu lapidaire devant la cour : « Je n'ai pas été une bonne mère. »
Source: 20 Minutes





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