L'incendie de la mairie de Limoges suscite une vive controverse : les accusations visant « l'ultragauche » indignent les habitants du plateau de Millevaches
Après l'incendie criminel de la mairie de Limoges, les accusations ciblant l'ultragauche et le plateau de Millevaches ravivent les tensions politiques et provoquent l'indignation des élus et habitants locaux.
- Des accusations portées contre la mouvance d'« ultragauche » sur le plateau de Millevaches après l'incendie de la mairie de Limoges le 17 octobre.
- Une opération du Raid et l'interpellation d'un homme de 66 ans à Gentioux-Pigerolles, mis en examen aux côtés d'un autre suspect.
- Plus d'une centaine d'élus et d'habitants dénoncent les amalgames et la diabolisation de leur territoire, mettant en garde contre l'exacerbation des tensions.
Depuis l'incendie qui s'est déclaré dans le bâtiment de la mairie de Limoges le 17 octobre dernier, la scène politique française est en proie à une vive effervescence, après que le maire affilié au parti Les Républicains (LR), Guillaume Guérin, a directement pointé du doigt la mouvance de « l'ultragauche anarchiste ». L'élu a affirmé que ce courant utilisait le plateau rural de Millevaches, qui rassemble près de 10 000 habitants entre les départements de la Creuse, de la Corrèze et de la Haute-Vienne, comme base arrière pour ses actions. L'escalade a culminé avec les déclarations du responsable politique David Lisnard, qui est allé jusqu'à accuser la région d'abriter ce qu'il a qualifié de « camps d'entraînement terroristes » d'extrême gauche.
Un coup de filet qui ravive le souvenir de « l'affaire de Tarnac »
Dans la commune de Gentioux-Pigerolles, située dans le département de la Creuse, l'inquiétude et la stupeur prédominent après l'intervention des forces d'élite de la police française (le Raid) pour interpeller un habitant de 66 ans, connu de ses voisins sous le surnom de « poète ». L'homme a été officiellement mis en examen dans le cadre de l'enquête sur l'incendie de l'hôtel de ville, aux côtés du principal suspect, âgé de 34 ans et domicilié en Haute-Vienne. Les riverains ont fait part de leur exaspération face aux accusations et à la désignation de coupables dans les médias et l'arène politique avant même l'aboutissement des enquêtes judiciaires.
Ces événements remettent en mémoire les faits de la célèbre « affaire de Tarnac » en 2008, lorsque les services de renseignement français avaient accusé un groupe de militants du plateau d'avoir planifié des actes terroristes et saboté des lignes de trains à grande vitesse (TGV). L'affaire s'était conclue, dix ans plus tard, par la relaxe intégrale des prévenus et la reconnaissance par l'institution judiciaire d'exagérations et de montages policiers. Benjamin Rosoux, l'un des relaxés du dossier de 2008 et actuel conseiller municipal à Tarnac, a affirmé que le climat médiatique et politique actuel recycle les mêmes rumeurs et allégations dénuées de preuves, mettant en garde contre la dangerosité de ces discours qui montent les composantes de la société les unes contre les autres.
Indignation locale face aux amalgames et craintes d'escalade
Face à cette déferlante d'accusations, plus d'une centaine d'élus et de responsables locaux du secteur ont signé une pétition fustigeant la confusion et les amalgames ciblant le plateau de Millevaches. Thierry Letellier, maire de la commune voisine de La Villedieu, a qualifié de « pur délire » les propos décrivant le territoire comme un refuge de camps terroristes. Il a souligné que les habitants adoptent simplement un mode de vie alternatif au système capitaliste conventionnel, tout en renvoyant la responsabilité du manque de sécurité autour de la mairie de Limoges le jour des faits aux autorités préfectorales et policières, plutôt que de chercher un bouc émissaire politique.
En revanche, certains acteurs locaux, à l'image de l'exploitant agricole Yoan Chataux à Pigerolles, estiment qu'il existe effectivement des éléments radicaux dans la région, responsables par le passé de sabotages ayant visé des engins forestiers et des projets agricoles, avertissant que négliger cette réalité pourrait mener à des affrontements futurs.
Alors qu'approche la date de la commémoration du 11-Novembre devant le monument pacifiste aux morts de Gentioux en présence de l'homme politique Jean-Luc Mélenchon, la présidente du conseil départemental de la Creuse, Valérie Simonet, a exprimé au Premier ministre ses vives craintes de débordements. De son côté, Philippe Brugère, président du Parc naturel régional de Millevaches, a appelé à l'apaisement et au discernement, insistant sur le fait que la zone jouit d'une réelle sécurité et d'une grande qualité de vie, et que l'agitation causée par une poignée d'individus anarchistes ne saurait en aucun cas justifier la diabolisation de toute une région rurale.
Source: France Info





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