Témoignage d'une militante française : comment nous pratiquions des avortements clandestins à domicile avant leur légalisation
À l'occasion de l'avant-première du film « L'affaire Marie-Claire », la militante Pierrette Grisard, 88 ans, se remémore les années de lutte clandestine pour le droit à l'avortement en France avant la loi Veil.
- La militante Pierrette Grisard (88 ans) revient sur la période de lutte clandestine menée pour venir en aide aux femmes avant la légalisation de l'avortement en France.
- La prise de risques en introduisant clandestinement du matériel médical depuis la Grande-Bretagne et l'aménagement de son salon, avec l'aide d'étudiants en médecine, pour secourir des femmes en situation de détresse.
- Un rappel des étapes charnières pour les droits des femmes en France, telles que le procès de Bobigny et la loi Veil, accompagné d'un appel à une vigilance permanente.
L'avant-première du film « L’affaire Marie-Claire » a replongé la militante française Pierrette Grisard, âgée de 88 ans, plusieurs décennies en arrière, ravivant les souvenirs de luttes acharnées menées par les femmes en France pour conquérir leurs droits fondamentaux en matière de santé reproductive avant leur reconnaissance légale.
D'un milieu conservateur à l'engagement pour la cause des femmes
Née à Angers deux ans avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Pierrette Grisard grandit au sein d'une famille aisée et particulièrement conservatrice, où son père refusait que sa mère travaille et où les questions liées au corps et aux droits des femmes relevaient du tabou. Cela ne l'empêche pas de poursuivre un parcours scientifique, d'intégrer l'École polytechnique féminine (EPF) et de devenir plus tard professeure de mathématiques.
Au milieu des années 1960, après avoir donné naissance à deux enfants, elle se rend au Planning familial pour s'informer sur les moyens de contraception. Elle y prend toute la mesure des difficultés auxquelles les femmes étaient alors confrontées, devant elle-même se rendre à Tours pour se procurer un diaphragme acheminé clandestinement depuis l'Angleterre grâce à de complexes intermédiaires.
Matériel de contrebande et interventions clandestines dans le salon familial
Cette expérience la conduit à suivre une formation au Mans, avant de participer à la fondation de l'antenne du Planning familial à Angers. Rapidement, la militante réalise que la majorité des femmes qui franchissent les portes du centre sous couvert de demandes d'informations sur la régulation des naissances sont, en réalité, déjà enceintes et cherchent désespérément à interrompre leur grossesse, quel qu'en soit le prix.
Face à l'impossibilité pour les plus vulnérables de se rendre en Grande-Bretagne ou en Suisse pour y subir une intervention en raison des coûts prohibitifs, Pierrette Grisard décide de tenter une démarche risquée : au volant de son propre camping-car, elle part en Angleterre pour y récupérer et introduire illégalement du matériel d'aspiration médicale, bravant la peur constante des poursuites judiciaires et les lourdes peines de prison prévues par la loi de 1920.
Ces avortements clandestins étaient réalisés dans son salon avec l'aide d'étudiants en médecine. Elle prenait personnellement en charge la stérilisation des instruments et apportait un soutien psychologique aux femmes en leur tenant la main pendant l'opération, tout en soulignant qu'aucune de ces interventions n'a entraîné de complications médicales graves.
Un parcours historique et une vigilance de tous les instants
Pierrette Grisard a traversé les étapes décisives qui ont transformé le paysage des droits en France, du « Manifeste des 343 » en 1971 au célèbre procès de Bobigny en 1972, mené par la regrettée avocate Gisèle Halimi pour défendre la jeune Marie-Claire, jusqu'à la promulgation de la loi Veil en 1975 qui a mis fin à la pénalisation de l'avortement.
Bien qu'elle se soit retirée du militantisme de terrain après l'adoption de la loi, l'octogénaire affirme ne regretter aucun des risques pris pour préserver la dignité des femmes, rappelant avec insistance que « les droits des femmes exigent une vigilance constante et ne peuvent jamais être considérés comme définitivement acquis ».
Source: 20 Minutes





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