8 novembre 2026
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CNews est-elle devenue un symbole de polarisation en France ? La controverse sur l'immigration poursuit la chaîne avant un arbitrage parlementaire

Alors que CNews partage la tête des audiences grâce à un public âgé et très engagé, ses programmes axés sur l'immigration et l'insécurité continuent de susciter de vives tensions sociétales et familiales, à l'approche de l'examen d'une pétition massive à l'Assemblée nationale.

CNews est-elle devenue un symbole de polarisation en France ? La controverse sur l'immigration poursuit la chaîne avant un arbitrage parlementaire
⚡ En bref
  • CNews partage la tête des chaînes d'information avec BFMTV avec une part d'audience de 3,6 %, et 85 % de ses téléspectateurs ont plus de 50 ans.
  • Les contenus de la chaîne axés sur l'immigration et l'« insécurité » provoquent de nettes fractures familiales et sociétales, en particulier entre les jeunes générations et les aînés.
  • La commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale se prononcera le 10 novembre sur les suites à donner à une pétition réunissant près de 850 000 signatures réclamant le retrait de son autorisation d'émettre.

Dans un café de Levallois-Perret, près de Paris, l'écran de télévision reste suspendu au-dessus du bar, mais éteint ; il y a deux ans, il diffusait CNews en continu. Le patron de l'établissement explique que ces programmes finissaient par générer « trop d'anxiété et de stress », tant chez les clients que chez les salariés, le poussant à interrompre définitivement la diffusion.

Un public vieillissant et une nostalgie politique

Malgré les critiques récurrentes, la chaîne continue d'enregistrer des performances notables. Durant le mois d'octobre, elle a conservé la première place des chaînes d'information, à égalité avec BFMTV, affichant une part d'audience de 3,6 % et devançant d'une très courte tête sa rivale. Bien qu'elle ait signé un record mensuel de 2,4 % auprès des 25-49 ans, la structure de son audience se caractérise par un vieillissement marqué : selon des données publiées en janvier dernier par le média « Les Jours », 85 % des téléspectateurs de CNews ont plus de 50 ans, l'âge moyen atteignant 64 ans.

Pour Jérémy Derhy, chercheur en sciences de l'information et de la communication, le fait de regarder la chaîne ne dépend pas de la classe sociale, mais relève plutôt d'un « marqueur identitaire et culturel ». Il souligne qu'une part importante du public partage des « sensibilités très conservatrices, perçoit le monde contemporain comme une menace pour ses repères sociaux et recherche l'image d'une France d'antan ». C'est le cas de Michel, 79 ans, électeur traditionnel de droite et favorable aux positions du Rassemblement national sur l'immigration et l'insécurité. Ce dernier admet que son visionnage assidu « exaspère profondément son épouse », bien qu'il concède apprécier parfois le professionnalisme de BFMTV et déplorer les excès de certains intervenants.

Divisions familiales et pétition parlementaire massive

L'influence de la ligne éditoriale franchit les portes des foyers et alimente des conflits récurrents. Eva, 27 ans, raconte ainsi que dans le salon de son père de 60 ans, issu d'une famille d'immigrés espagnols, le poste reste calé en permanence sur la chaîne du milliardaire Vincent Bolloré. « C'est un sujet perpétuel de dispute entre nous ; il répète sans cesse des éléments de langage sur le racisme anti-blancs, le laxisme frontalier et l'immigration, directement empruntés aux invités du plateau », témoigne la jeune femme.

À l'opposé, une pétition citoyenne déposée en juin sur le site de l'Assemblée nationale pour demander le non-renouvellement de l'autorisation d'émettre de CNews a franchi le cap des 850 000 signatures, avec une accélération notable après l'agression raciste survenue à Trappes. Face à cette contestation, les défenseurs de la chaîne répliquent vivement : le groupe Facebook « Je soutiens CNews » rassemble environ 145 000 membres, louant une antenne qui transmet « la vérité crue, sans filtre » et s'oppose à la « censure de l'extrême gauche ».

Entre cadre légal et examen par les députés

De son côté, l'historien des médias Alexis Lévrier juge que le régime de sanctions appliqué à C8 aurait dû concerner également CNews. Il soutient que ses pratiques « vont à l'encontre de la loi de 1986 sur la liberté de communication, qui n'autorise pas une ligne idéologique aussi agressive ciblant des communautés et des pans entiers de la société », alertant sur le fait que la délégitimation des institutions met en péril le modèle démocratique français.

Ces dynamiques se traduisent par une fidélité d'écoute hors du commun : le public de CNews reste en moyenne 42 minutes d'affilée sans changer de chaîne, contre 24 minutes pour les fidèles de BFMTV. Les députés doivent se réunir le mardi 10 novembre pour statuer sur l'instruction de la pétition citoyenne, sous l'autorité du président de la commission des affaires culturelles, le député Les Républicains Alexandre Portier.

Source: 20 Minutes

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