6 novembre 2026
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France : un logiciel gouvernemental de surveillance des contestations peine à détecter TikTok et suscite de vives critiques

Le choix par le gouvernement français d'un logiciel canadien moins coûteux pour surveiller les réseaux sociaux tourne au fiasco, l'outil s'avérant incapable de suivre les mobilisations sur TikTok, contraignant les ministères à improviser.

France : un logiciel gouvernemental de surveillance des contestations peine à détecter TikTok et suscite de vives critiques
⚡ En bref
  • Le gouvernement français a préféré le logiciel canadien Talkwalker au français Visibrain pour des raisons d'économies budgétaires, malgré des performances techniques très inférieures.
  • L'outil canadien montre d'importantes lacunes sur TikTok, plongeant les agents de veille dans un « aveuglement numérique » et les poussant à utiliser de faux comptes pour surveiller les mouvements.
  • Face aux défaillances, le ministère de l'Intérieur a dû solliciter de nouveau la solution française en urgence, entraînant des surcoûts sur fond de critiques politiques virulentes.

Dans un contexte de montée des tensions sociales et des mouvements de contestation en France, les réseaux sociaux, et tout particulièrement TikTok, sont devenus un canal de communication privilégié et ultra-rapide pour les manifestants et la coordination des actions sur le terrain. Pourtant, les services de sécurité éprouvent les plus grandes difficultés à repérer les vidéos les plus virales. Cette défaillance est imputable au changement de logiciel opéré par l'exécutif pour surveiller les plateformes en ligne, d'après une enquête de « L'Œil du 20H » sur France Télévisions, faisant suite à des révélations du journal « Le Canard enchaîné ».

Un logiciel moins coûteux mais moins performant

Les ministères français exploitent actuellement la solution canadienne Talkwalker, censée analyser des milliards de conversations sur les réseaux sociaux et les blogs grâce à « l'intelligence sociale ». Ce logiciel a été retenu en mai 2025 au détriment de l'outil français Visibrain, qui gérait ce marché auparavant. Un choix dicté par la volonté de réduire les dépenses, la solution canadienne étant trois fois moins chère que son rival tricolore. Elle est néanmoins nettement moins efficace : Talkwalker n'avait obtenu qu'une note technique de 18 sur 30 lors de l'appel d'offres, soit neuf points de moins que l'offre française, en plus d'offrir une couverture très limitée des contenus diffusés sur TikTok.

« Aveuglement numérique » et grogne dans les ministères

Ce recul technique a des conséquences directes sur le travail des cellules de veille et de renseignement. Une source travaillant au sein de l'un de ces services ministériels a confié sous anonymat : « On ne s'en sert qu'au strict minimum. On en est réduits à utiliser nos comptes personnels ou à créer de faux profils sur les réseaux pour faire des recherches artisanales. À l'approche des échéances présidentielles, travailler dans un quasi-aveuglement sur les réseaux est très complexe et particulièrement frustrant pour un agent public qui manque des outils adéquats. »

Cette situation a déclenché une vague d'indignation dans la classe politique. Loïc Kervran, sénateur du groupe Les Indépendants dans le département du Cher, a fustigé cette décision : « C'est ubuesque du début à la fin. Il est insensé de privilégier un acteur sous pavillon nord-américain au détriment d'un acteur français dans un domaine aussi stratégique et sensible. »

Surcoûts et tentatives de rattrapage

Ironie de la situation : à la suite des dysfonctionnements majeurs constatés lors des événements du 17 octobre, le ministère français de l'Intérieur a été contraint de refaire appel en urgence à l'outil français Visibrain pour combler ces lacunes et suivre les mouvements sur le terrain, générant des dépenses imprévues. De leur côté, les représentants de Talkwalker affirment travailler à l'amélioration de leur outil, tout en rappelant qu'« aucune méthode de captation ne permet une exhaustivité totale sur les plateformes en raison de contraintes juridiques et techniques ».

Le contrat conclu avec la firme canadienne court jusqu'en 2029 pour un montant estimé à au moins 3,6 millions d'euros, somme à laquelle s'ajoutent désormais les frais supplémentaires requis pour faire fonctionner en parallèle la solution française afin de pallier ces défaillances.

Source: France Info

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