Ouverture de l'A69 en France : colère et exaspération face à l'enclavement des villages et aux péages élevés
Après trois ans de travaux, la mise en service de l'autoroute A69 reliant Castres à Verfeil suscite une vive contestation des riverains, confrontés à des péages onéreux et à la dégradation des axes secondaires.
- L'inauguration de l'autoroute A69, longue de 53 kilomètres entre Castres et Verfeil, suscite un large mécontentement en raison d'un péage atteignant jusqu'à 20,40 euros l'aller-retour.
- Les villageois et les agriculteurs déplorent la dégradation des itinéraires gratuits alternatifs et l'allongement de leurs temps de trajet quotidiens au profit du transport commercial.
- Des maires et le président du Conseil départemental du Tarn dénoncent le rejet par le Conseil d'État d'une subvention pour réduire les tarifs, sur fond de craintes d'un enclavement total de certaines communes rurales.
Après trois années de travaux ininterrompus, de perturbations du trafic et de déviations, la nouvelle autoroute A69, s'étendant sur 53 kilomètres pour relier Castres (Tarn) à Verfeil (Haute-Garonne) à l'est de l'agglomération toulousaine, est entrée en service. Bien que ce nouvel axe réduise le temps de trajet à environ 35 minutes au lieu de près d'une heure via la route nationale, son inauguration a déclenché une vague de colère parmi les riverains, qui estiment payer le prix fort de ce projet au détriment de leur quotidien.
Péages excessifs et itinéraires complexes
Le coût d'un aller-retour s'élève à 17 euros pour les véhicules légers, et atteint 20,40 euros en intégrant la portion menant à Toulouse. Cette tarification représente un obstacle majeur pour les bas revenus, les salariés et les résidents, d'autant plus dans un contexte de flambée des prix du carburant. Alors que les responsables politiques et les acteurs économiques ont promu le projet comme un outil de désenclavement du bassin de Castres-Mazamet, les habitants affirment que la réalité est tout autre : ceux qui font le choix des itinéraires gratuits doivent désormais emprunter des voies secondaires étroites et sinueuses, rallongeant considérablement leurs trajets quotidiens vers leurs lieux de travail, les écoles de leurs enfants et les services essentiels.
Marie, orthophoniste installée dans une commune rurale bordant le tracé, exprime son amertume face à une situation devenue complexe et dangereuse pour la population. Alors qu'il ne lui fallait parcourir que 500 mètres pour rejoindre l'ancienne route nationale, les résidents sont désormais contraints d'emprunter des voies communales étroites où deux voitures se croisent à peine. Elle déplore que les riverains « ont reçu des promesses de développement, mais n'ont hérité que de mauvaises routes et de nouvelles contraintes au quotidien ».
Préjudices agricoles et environnementaux
Les répercussions du chantier ne s'arrêtent pas aux automobilistes et touchent de plein fouet le monde agricole. Dominique Roujou, exploitant agricole à Verfeil, a vu ses parcelles coupées en deux sur 1,3 kilomètre et a perdu 8 hectares à la suite d'expropriations pour cause d'utilité publique. Il souligne que l'indemnisation financière versée par le concessionnaire Atosca ne compense pas les pertes durables ; les travaux de remblaiement ont en effet rompu les réseaux d'irrigation naturels et souterrains, compliquant l'accès à ses terres et à ses cultures et l'obligeant à de longs détours en camion pour des opérations auparavant effectuées à pied en quelques minutes.
Dégradation du réseau gratuit et « abandon de l'État »
Les usagers de la RN126, vouée à être déclassée prochainement en route départementale, subissent également une dégradation notable des conditions de circulation en raison de l'aménagement d'une quinzaine de ronds-points et de l'intégration, au sein de l'autoroute, de trois déviations auparavant financées par des fonds publics pour contourner les centres-bourgs. Alexandre Lafon, professeur d'histoire-géographie dans un lycée de Castres et habitant de Saint-Germain-des-Prés, fait observer que les habitants ne peuvent se permettre de débourser plus de 6 euros de péage pour un trajet domicile-travail de 20 kilomètres, à l'heure où le prix du gazole atteint des sommets.
La crise s'est encore accentuée après que des municipalités comme Soual et Puylaurens ont pris des arrêtés interdisant le transit des poids lourds dans leurs centres afin de préserver la sécurité des administrés, au risque de compliquer la desserte des approvisionnements locaux. De son côté, le président du Conseil départemental du Tarn, Christophe Ramond, a fustigé l'attitude du gouvernement, dénonçant un « lâchage de dernière minute de la part de l'État », après le rejet par le Conseil d'État d'un dispositif proposé par les collectivités pour subventionner les péages et en réduire le coût d'un tiers pour les usagers. Il a rappelé que toute infrastructure de transport doit demeurer accessible à tous et ne saurait devenir une charge financière insupportable pour les ménages.
Source: France Info





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