France : le débat sur la sélection universitaire s'enflamme après l'annonce de la fin de Parcoursup d'ici 2027
L'annonce du remplacement de la plateforme Parcoursup d'ici 2027 par le ministre de l'Enseignement supérieur ravive les clivages politiques et syndicaux autour de la sélection à l'université et du manque de places.
- Le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste annonce la fin de la plateforme Parcoursup d'ici 2027 sur fond de débat parlementaire sur la sélection académique.
- Les syndicats étudiants et les partis d'opposition réclament un enseignement supérieur ouvert à tous et la création de jusqu'à 250 000 places supplémentaires.
- Les présidents d'université alertent sur un déficit prévisionnel de deux milliards d'euros d'ici 2030, tandis que la droite appelle à mettre fin à l'admission automatique des bacheliers.
La question de l'orientation universitaire occupe le devant de la scène publique en France, un dossier qui touche directement des milliers de familles et de jeunes, parmi lesquels les enfants des communautés arabes et étrangères confrontés chaque année au stress du baccalauréat et à la quête d'une place dans le supérieur. Après des mobilisations étudiantes arborant des slogans tels que « Notre avenir n'est pas un algorithme » et « Parcoursup, fabrique d'angoisse nationale », le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a annoncé le lundi 26 octobre que la célèbre plateforme d'admission Parcoursup serait définitivement remplacée dès la rentrée universitaire 2027.
Le dilemme du manque de places et le défi de la sélection
Le ministre Philippe Baptiste a soulevé les questions fondamentales concernant le futur outil devant l'Assemblée nationale lors d'un débat tenu le mercredi 28 octobre, s'interrogeant : « Que voulons-nous vraiment ? Une sélection claire et assumée ou une absence totale de tri ? » Le ministre a cité l'exemple de la faculté de droit de l'université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, où 20 500 candidats ont postulé pour seulement 745 places en première année, soulignant la nécessité de trouver des alternatives équitables en cas de rejet de la sélection et du tirage au sort.
En revanche, le député socialiste Pierrick Courbon a fustigé la plateforme, la qualifiant d'outil de « gestion de la pénurie » plutôt que d'instrument d'orientation. Les données du Syndicat national de l'enseignement supérieur (Snesup-FSU) mettent en lumière une baisse de l'offre, le nombre de places proposées sur la plateforme ayant diminué de 10 300 entre 2025 et 2026 sous l'effet du manque de financements. Selon les chiffres officiels de la dernière session du baccalauréat, plus de 90 % des candidats (603 910 élèves) ont reçu au moins une proposition d'admission, tandis qu'environ 57 000 jeunes sont restés sans aucune affectation.
Appels à ouvrir des places face au déficit financier
Les syndicats étudiants et les forces politiques de gauche réclament la consécration du droit pour chaque bachelier d'accéder à la filière de son choix. Dans ce contexte, le député écologiste Jean-Claude Raux a plaidé pour garantir une place à chaque étudiant en accordant la priorité au sein de son académie, tandis que La France insoumise exige l'ouverture de 150 000 places supplémentaires et une hausse des budgets alloués aux établissements publics, conformément à la Constitution qui stipule que l'État garantit l'accès de chacun à l'instruction et à la formation. Des organisations de jeunesse ont également réclamé la création de près de 250 000 nouvelles places pour répondre à la demande croissante.
À l'inverse, Hélène Boulanger, vice-présidente de France Universités, a jugé ces revendications déconnectées de la réalité au vu de la pénurie de salles, de places et d'enseignants, renvoyant à un rapport sur le financement des universités qui anticipe une impasse budgétaire atteignant deux milliards d'euros d'ici 2030, susceptible d'imposer des mesures d'austérité drastiques restreignant l'offre de formation et les activités de recherche scientifique.
La vision de la droite : excellence et réduction de l'échec universitaire
De son côté, la sénatrice Les Républicains Laurence Garnier estime que l'intégration massive et inconditionnelle mène à l'échec ; les données 2024 de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) indiquent en effet que la moitié de la population active détient un diplôme équivalent au baccalauréat ou inférieur, tandis que les statistiques du ministère de l'Enseignement supérieur révèlent que 47 % des inscrits en première année en 2019 ont quitté l'université sans le moindre diplôme au bout de cinq ans.
Mme Garnier a ainsi appelé à mettre fin à l'accès automatique des bacheliers à l'université, préconisant d'orienter les efforts vers les filières professionnalisantes et une sélection fondée sur les résultats scolaires, estimant que l'objectif doit être « d'offrir un métier et un avenir à chaque jeune ». Pour sa part, Joseph Raimbeau, représentant de l'Union syndicale lycéenne, a insisté sur l'impératif d'ouvrir des places dans les filières offrant de réels débouchés et adaptées aux exigences contemporaines, telles que l'intelligence artificielle et les nouvelles technologies, sans négliger les métiers manuels, tout en réaffirmant le droit des jeunes à la liberté de choix de leur cursus.
Source: France Info



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